Actualité à la Hune

TOUR DE FRANCE À LA VOILE

Au jour le Tour !

Dunkerque et Malo-les-Bains sont indissociables du départ du Tour de France à la Voile. Les équipages y sont installés depuis une petite semaine, l’accueil y est toujours aussi chaleureux et le public très nombreux – 10 000 visiteurs rien que samedi selon ASO ! Les 29 équipages concurrents dont sept «étrangers» ont attaqué les hostilités vendredi 7 juillet sous un cagnard inhabituel en mer du Nord, par un raid épuisant, car disputé par tout petit temps. Récit de cette première journée qui se reproduira durant trois semaines sur les côtes de France.
  • Publié le : 09/07/2017 - 19:30

bouée sirèneLa fameuse bouée sirène de Dunkerque balisant l’entrée des ports de Dunkerque. Photo @ Didier Ravon

8 heures. C’est une véritable «armée» de filles et de garçons vêtus de polos bleu roi griffés «CREW» dans le dos. Tous sont déjà à pied d’œuvre. Chez ASO, on ne transige pas avec le «dress code», et les journées font plus de douze heures ! Ça a beau être le Tour de France, ici on aime et on privilégie l’anglais : «operation inside», «coach room», «meet the skippers», «race director»… Il souffle un bon 15 nœuds d’Ouest sur l’immense plage de Malo-les-Bains, c’est marée basse et les 29 Diam 24 sont alignés dans le paddock comme à la parade. Les préparateurs s’affairent sur les montures. C’est le grand jour et le premier des neufs raids de ce TFV millésime 2017. Une chose est sûre : depuis la reprise par ASO du TFV, ce barnum est assez bluffant !

9 heures. Les équipages commencent à débarquer sur le paddock à pieds mais surtout en trottinette - apparemment l’arme absolue cette année pour se déplacer entre les bateaux, le PC course et le village assistance, où sont garés camionnettes, camions atelier et remorques. Les tenues de navigation sont proches de celles entrevues lors de la dernière Coupe de l’America, parfaitement ajustées, avec de nombreuses protections, mais sans la mini-bouteille de plongée. Il y a deux ans, pour la première des Diam 24, c’était un peu le sauve-qui-peut pour être prêt dans les temps. Il régnait un joyeux bazar. Cette année, on est dans le détail et le niveau de préparation est encore monté d’un cran.

Ambiance TVFDernières vérifications d’usage avant de quitter le paddock. Photo @ Didier Ravon

9 heures 30. Point presse avec quatre skippers sélectionnés. Au Kursaal, le centre des congrès de la ville qui abrite le PC presse et le jury, mais aussi les jaugeurs et toute la logistique de l’imposante organisation, Jean-Baptiste Durier, le patron du TFV, anime lui-même ce rendez-vous informel devant les journalistes et les attachés de presse. Il est nettement plus détendu que les années précédentes et on le comprend. Ont été conviés Paul Meilhat (Vivacar.fr Cefim), et Teva Plichart (Trésors de Tahiti), plus le local de l’étape Clément Meister (Dunkerque Voile) et le «voisin» Olivier Gagliani (BE Brussells-Caraïbos). On apprend alors que les Tahitiens – qui figurent parmi les favoris avec un équipage de rêve - ont été lâchés par leur sponsor principal à quelques jours du départ. Ils ont été à deux doigts de renoncer… et, faute d’une solution d’ici peu, ils devront vendre leurs deux Diam 24, alors qu’un séduisant programme de développement de l’activité voile est en cours dans l’archipel polynésien. On ne veut pas y penser. Avis aux amateurs !

10 heures. Début des mises à l’eau. Remorquer puis descendre les 29 bateaux sur la plage n’est pas une sinécure et répond à une procédure hyperprécise, et un timing quasi militaire. Les quads et leurs gyrophares tractent les trimarans vers la mer. Le balai est sacrément bien réglé, et les équipages déjà casqués sautent sur la plate-forme dès les trois coques dans l’eau.

Carto TFVLe parcours du raid en cartographie se trouve sur un téléphone portable sur l’avant-bras du navigateur. Photo @ Didier Ravon

11 heures. La flotte prend ses repères dans un vent qui continue à s’essouffler. Chaque coach écoute les sensations des barreurs et régleurs, relève aussi les caps du vent, la vitesse et la direction du courant, mais n’oublie pas de rappeler aux équipages de bien s’hydrater et ne pas oublier de prendre un gel énergétique. Le GPS ne fait pas tout, et la vieille méthode de la bouteille comme flotteur, dont on mesure la distance parcourue puis le cap au compas de relèvement fait encore des émules. Il faut dire qu’entre les bords du chenal, le «jus» varie de 1,5 à 2,3 nœuds, et porte dans un premier temps vers Nieuport, dans la région flamande, à l’Est de Dunkerque.

11 heures 30. A une heure du départ, ça s’excite ! Franck Citeau et Baptiste Meyer passent d’un bateau à l’autre (du moins ceux qui sont sous contrat avec eux) divulguer quelques dernières infos. Tous deux sont cadres techniques à la FFVoile. Le premier du CEM à La Grande-Motte, sélectionné olympique en Tornado il y a plus de vingt ans est aussi l’entraîneur de l’équipe de France de Nacra 17 depuis cinq ans avec les brillants résultats qu’on lui connaît (4 titres de champion du monde avec Billy Besson et Marie Riou). Le second, ancien vice-champion du monde de 470, s’est notamment occupé des jeunes de la filière Team France qui ont disputé la Red Bull Youth America’s Cup aux Bermudes… et sont d’ailleurs tous là, présents sur différents bateaux. Franck et Baptiste ont également récupéré le dernier bulletin météo élaboré par l’excellent David Lanier, M. Météo de la fédé, présent aux JO de Rio puis lors de la Coupe de l’America aux Bermudes.

 

12 heures. Pierre Mas, le boss et coach de Beijaflore Sailing, ancien double vainqueur du TFV (il y a trente ans) et qui a gagné l’Admiral’s Cup, disputé le Figaro, la Volvo Ocean Race et la Coupe de l’America, rappelle les fondamentaux, comme quoi il faut se tenir à la stratégie mise en place le matin. Remplaçants du jour, Valentin Sipan relève une nouvelle fois le vent et Valentin Bellet crayonne le parcours et les directions de courant pour Julien Villion, le navigateur. Quant à Nicolas Lunven, récent vainqueur de la Solitaire Urgo-Le Figaro, il est également ici, en charge de concocter la météo pour SFS et Trésors de Tahiti, un sacré atout !

Premier départ du 40e TFV. Ça frotte ! Premier départ du 40e TFV. Ça frotte ! Photo @ Didier Ravon

12 heures 30. Christophe Gaumont est une horloge ! Le patron du comité de course est plus précis qu’un TGV ou qu’un avion de ligne. Il lance le départ dans un vent toujours plus mollissant après avoir fait mouiller la bouée de dégagement à 1,6 mille au vent. Outre les pointeurs aux marques, les chargés de sécurité et autres «Race Officiers», douze arbitres fédéraux sur six bateaux surveillent la meute comme le lait sur le feu. Ça a de la gueule une ligne de départ multicolore avec 29 bateaux. La ligne semble favorable au comité, mais c’est dessous qu’il faut partir… Team Lorina Limonade Golfe du Morbihan et Beijaflore choisissent de partir au vent, et Cheminées Poujoulat écope d’un rappel individuel. Pas bon ! Lunven a conseillé d’aller à gauche, côté plage. Résultat, ses deux «protégés», SFS et Trésors de Tahiti, franchissent la première marque en tête. Les jeunes Dunkerquois sont aussi partis dessous et ont été jusqu’en «butée» sous les digues du port, abrités du courant. Ils passent dans le trio de tête. Bien joué ! Joé Seeten, l’enfant du pays, vainqueur du deuxième TFV sur Dunkerque en 1979, apprécie.

13 heures 30. Les VIP se restaurent les pieds dans le sable et les jeunes hôtesses attendent Bernard Decré, créateur de l’épreuve. «A quoi il ressemble ? On ne le connaît pas !» Sur l’eau, on crame autant que si l’on était sur la Grande Bleue. A part les gros bras Beijaflore Sailing (Bellet), Team Limonade Lorina Golfe du Morbihan (Delapierre et Salomon), Team Occitanie Sud de France (Leboucher et Besson), Team Installux Aluminium (Haineville) ou Cheminées Poujoulat (Stamm) dans le ventre mou de la flotte, Team Oman Sail (Douillard), Coved Paprec (Ducroz) ou Fondation FDJ Des pieds et des mains (Seguin et Iehl) sont dans le bon wagon. Mais dans ce zéphyr, ces bateaux ne pouvant guère faire de VMG au portant doivent naviguer haut pour garder un peu de vent apparent. Quant au près, le moindre virement coûte bonbon !

PétoleDans la pétole, on s’avance au maximum ! Photo @ Didier Ravon

14 heures. On s’ennuie ferme… Non seulement il n’y a pas d’air ni de cailloux, mais c’est un peu course de chevaux de bois. Il faut essayer de rester dans la bonne veine de vent et de courant, et par cette brise d’à peine 5 nœuds, les Diam ne sont guère excitants. Deux équipiers sont à califourchon devant sur les coques, et le barreur collé au pied de mât. Les leaders s’envolent, les Dunkerquois dégringolent au classement après un recentrage catastrophique, contrairement à Mathieu Souben (Vivacar.fr Cefim) qui a la particularité d’être coaché par son père Daniel, triple vainqueur de l’épreuve sur Courrier Dunkerque… à l’époque où c’était encore en monocoque.

16 heures 30. Sofian Bouvet (Team SFS), champion d’Europe de 470 et sélectionné aux derniers JO de Rio, l’emporte avec brio ! Lui adore le petit temps. De plus, il est couvé par un certain Lionel Péan, que la majorité des concurrents ne connaissent pas. Et pour preuve : ils n’étaient pas nés quand il a gagné la Whitbread (devenue Volvo Ocean Race, ndlr) sur l’Esprit d’Equipe en 1986. Péan a monté et dirige tout le projet. Il a manifestement de la suite dans les idées pour la carrière de son protégé, fils de l’architecte Luc Bouvet. Cet équipage, qui a débuté le Diam 24 fin 2016 seulement, impressionne. Outre son barreur, on trouve Gauthier Germain, Achille Nebout et Noé Delpech, 5e aux derniers JO en 49er avec Julien d’Ortoli.

Ambiance TVFOlivier Ligné interroge les régatiers lors du «meet the skippers» ! Photo @ Didier Ravon

17 heures. Le soleil cogne encore fort. C’est l’heure du «meet the skippers» animé par l’infatigable Olivier Ligné. L’homme, qui parcourt micro en main le village du matin au soir, est aussi sympa que proche des gens. Il ne se la joue pas, a aussi présenté le «live TV» de 15 heures à 16 heures 30, puis la remise des prix ou encore un concours de châteaux de sable. Il va bien dormir !

18 heures. La remise des prix a débuté à l’heure, et les trois gennakers des leaders - bleu pour le classement général, vert pour le classement jeune et rose pour le classement amateur - ont été attribués respectivement à Team SFS (Sofian Bouvet), Homkia-Les Sables-d’Olonne Agglomération (Emeric Dary) et Toulon Provence Méditerranée (Maxime Blondeau) dont le coach est Fabien Henry, encore un ancien multiple vainqueur de l’épreuve !

Ambiance TVFRemontée des Diam 24 tractés par un quad après les régates.Photo @ Didier Ravon

19 heures. C’est relâche pour les équipes ! Pas de «meccano» sur les bateaux ce vendredi, le TFV est encore là tout le week-end. Et comme samedi ce sont des courses d’exhibition n’entrant pas en ligne de compte pour le classement, c’est sans doute la dernière soirée un peu «cool» pour les quelque 150 régatiers.

20 heures. Les mêmes que l’on a vus douze heures avant ferment le village bondé toute la journée. Ce soir, ils n’ont pas à démonter. Ce sera dimanche, avant de mettre le cap sur Fécamp.

Ambiance TVFLa première journée s’achève, enfin… Il faudra tenir jusqu’à fin juillet.Photo @ Didier Ravon

Les régates 

Team SFS reçu à 100 %

En remportant le raid vendredi dans du petit temps puis les manches dites stadiums dimanche dans 10 à 12 nœuds de vent, Team SFS a non seulement marqué 100 points sur les 100 attribués, mais fait très grosse impression. L’an dernier, Team Limonade Lorina Golfe du Morbihan avait démarré de la même façon à Dunkerque, avant d’écraser le TFV. Mais les années se suivent et ne se ressemblant pas pour les Vannetais, seulement 21es à l’issue du premier acte… et déjà à 36 points du leader. Il sera bien compliqué de faire le doublé. Une mauvaise option au départ du raid, puis un changement de flotteur dans les stadiums à la suite d'un contact avec Helvetia by Normandy Elite Team expliquent ce début de tour raté, confirmant que même le favori n’est pas à l’abri d’une contre-performance. Fondation FDJ Des Pieds et des mains est deuxième à 4 points du leader tout comme Trésors de Tahiti. Team Occitanie Sud de France est 4e devant Vivacar.fr Cefim. Tous les autres prétendants à la victoire à Nice sont dans le top dix, le dixième Hugo Rocha sur New Territories étant à 25 points. Enfin, c’est Dunkerque Voile qui a remporté le prix de la combativité.
Classements complets ici.

Team SFSTeam SFS impérial à Dunkerque ! Photo @ Didier Ravon

Les prochaines étapes

Fécamp les 10 et 11 juillet

Jullouville les 13 et 14 juillet

Arzon-Le Crouesty les 15 et 16 juillet

Les Sables-d’Olonne les 17 et 18 juillet

Roses (Espagne) les 21 et 22 juillet

Le Grau du Roi-Port Camargue les 23 et 24 juillet

Marseille les 26 et 27 juillet

Nice du 28 au 30 juillet

Pour suivre le Tour : chaque jour, la dernière heure de course est retransmise en direct entre 15 heures 30 et 16 heures 30 à chaque escale sur écran géant mais aussi sur le site Internet du tour et Facebook, puis en «replay» le lendemain sur l’Equipe TV entre 11 heures et midi.